Une trop grande générosité - Isabel Marant

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Une trop grande générosité

Une trop grande générosité - Isabel Marant

Mon armoire de vêtements était de moins en moins fournie. J’avais déménagé récemment, et j’en avais profité pour faire du tri dans tous les objets que je gardais. À une association caritative, j’avais donné une grande partie de mes anciennes jupes, robes, chemisiers. Puis, lorsque j’avais remis dans mon armoire mes affaires, je m’étais aperçue que j’avais été très généreuse. Le problème qui se posait à moi à présent, était de parvenir à me vêtir correctement. Je n’aime pas tellement aller dans les magasins, mais cette fois-ci, je n’avais pas le choix. Comme je ne connaissais pas encore les boutiques de la ville où je venais de m’installer, c’était l’occasion de les découvrir. Pour ne pas être trop tentée, je fis une liste de tout ce qui me manquait. Ce qui ne figurerait pas dessus, je n’avais pas à le prendre. C’était une astuce pour mieux maîtriser mon budget.

La seule adresse que je connaissais, était celle de mon conseiller financier. Dans une rue proche de son bureau, je vis une petite boutique à l’enseigne qui m’était connue. J’avais vu dans un magazine, une partie de leur dernière collection, et elle me plaisait. Une combinaison bleu nuit fut mon premier achat à cet endroit. Je savais que je reviendrais une autre fois, car l’esprit de cette marque me correspondait. Quelques rues plus loin, je m’arrêtais pour manger. Le temps s’était éclairci, et je pris une table en terrasse. Sans vent et avec le soleil qui m’éclairait, je commençais presque à avoir chaud. Le printemps avait été frais. Une nouvelle robe serait parfaite. Juste en face de la terrasse où j’étais assise, un magasin avait une vitrine très inspirée qui retint toute mon attention.

De magnifiques bottes étaient exposées dans un décor de nuages et de chérubins. L’une des paires me plut tout de suite. J’entrais pour les essayer. La vendeuse qui m’accueillit était charmante. Souriante, patiente, elle sut me conseiller en fonction de la forme de mon pied, et aussi de celle de mon mollet. Mon choix s’était porté sur une paire de compensées beiges, en daim. Mais elle me fit remarquer que la finesse de ma jambe ferait plisser la partie haute de la botte. Finalement, ce furent des bottines d’un ton violet assez inhabituel qui eurent ma préférence. J’avais déjà passé la moitié de ma journée à chercher dans les magasins, et je n’étais pas beaucoup plus avancée que ce matin.