Mon grincheux de grand-père - Isabel Marant

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Mon grincheux de grand-père

Mon grincheux de grand-père - Isabel Marant

Cela fait plus de deux ans que je n’ai pas revu mon grand-père, depuis le jour où il a décidé qu’il vaudrait mieux pour lui, vivre dans un centre spécialisé pour les vieux, que de rester chez l’un de ses enfants. Et par ces propos, le vieux était plus que sérieux. Il était dans le genre, râleur et qui voyait tout du mauvais œil. Son comportement était encore plus exécrable, depuis que ma grand-mère a succombé, à la suite d’une longue maladie qui l’a pris, il y a presque cinq ans maintenant. Et moi, depuis ces deux ans, comme mon mari ne l’appréciait pas trop à cause de son attitude, je ne l’ai pas rendu visite une seule fois. Ainsi, un jour qu’on était à table, c’est l’une de mes filles qui nous a lancé, « maman, il est où maintenant grand-père, j’aimerais bien le voir moi ! » J’ai posé un instant ma cuillère, et j’ai regardé mon mari qui a eu la même réaction que moi. Et là, je lui ai dit que leur grand-père, était dans une maison de retraite où on s’occupait bien de lui. Et là, l’ainée répliqua qu’elle aimerait bien le revoir. C’est vrai que malgré les comportements grincheux de grand-père, mes enfants, il les adorait vraiment. Il disait souvent qu’elles le faisaient rire. Par ces questionnements, c’est mon mari qui a répondu qu’on verrait ça. Ainsi, quand on était seul, j’ai lancé à mon mari que c’était peut-être une bonne idée de lui rendre visite. Il a approuvé. Alors, on a programmé la visite le samedi d’après, les enfants en étaient tout simplement ravis. Arrivés à l’établissement qui avait accueilli grand-père, on était resté dans la salle d’accueil où les visiteurs devaient attendre. Cinq minutes plus tard, on entendait quelqu’un qui râlait comme pas possible derrière le rideaux exterieur terrasse. C’était le grand-père qui, en fauteuil roulant, avait essuyé sa langue sur l’infirmier comme quoi il n’appréciait pas la décoration de sa nouvelle chambre. Et là, je me suis mis à sourire, « ah ! Il n’a pas changé d’un poil à presque quatre-vingts ans ! ». Mais en le voyant, mes trois filles étaient si ravies, qu’elles ont sauté à son cou, manquant un peu de l’étouffer. Grand-père était tout autant ravi, mais m’a fait la remarque assez sévère. « Alors ma petite ! Après deux ans, c’est seulement maintenant que tu penses à moi, je suppose que si j’étais mort avant, tu serais venue un peu plus tôt ! » J’ai rougi par ses remarques, mais j’étais tout autant contente que mes enfants. Il a encore de beaux jours devant lui mon vieux grincheux de grand-père.