Le traîneau à chiens - Isabel Marant

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Le traîneau à chiens

Le traîneau à chiens - Isabel Marant

Mon mari a voulu, pour fêter notre dixième anniversaire de mariage, que nous effectuions un raid de quatre jours, en traîneau à chiens. Nous avons donc pris la route en direction de Rivière-Rouge, dans les Laurentides. Nous y avons rencontré le musher, et avons fait la connaissance de sa meute, sept magnifiques huskys. À notre approche, ils aboyèrent et sautèrent de joie. Nous étions pour eux, la promesse d’un nouveau voyage à travers les forêts, et les plaines enneigées.

Nous nous sommes installés dans le traîneau, mon mari, m’a laissé la place devant. Les chiens se sont mis à tirer sur les longes comme des forcenés. On les entendait haleter, et la langue leur sortait de la gueule sur le côté de la tête, et flottait comme un fanion rouge. Je compris alors, la nécessité d’avoir enfilé un bon anorak, à cause de la poudrerie soulevée par les pattes de ces bêtes puissantes, qui s’arc boutaient avec rage. Les patins du traîneau, chuintaient sur la neige, je ressentis aussitôt une impression de vitesse. Le plus inquiétant, au début, était le roulis : nous étions ballotés d’un côté et de l’autre, au gré des virages, mais je me suis rapidement habituée.

Bientôt, une côte assez forte apparut devant nous, et les chiens se mirent à peiner en couinant. Il fallut descendre pour pousser le traîneau, et soulager les sept animaux qui aboyèrent alors, de contentement. Au sommet de la côte, tout le monde réintégra le traîneau qui se mit à dévaler la pente. Le musher se mit à crier dans son langage mystérieux, car l’attelage s’emballait, et prenait une allure inquiétante. Les embardées devinrent plus violentes, et la neige soulevée fouettait les visages. À un moment donné, la meute s’engouffra sous le couvert d’un bosquet, dont les branches m’ont frappé violemment la figure. J’ai crié, mais le musher ne contrôlant plus les chiens, ne pouvait les arrêter. Du sang se mit à couler sur mes joues, et dans la bouche. Je ressentis avec horreur des brûlures sur le visage, et je me crus défigurée. Cette cavalcade indomptée dura quelques minutes encore, avant de se terminer dans une formidable embardée qui nous projeta, tête première, dans la neige. Les huskys durent comprendre qu’ils venaient de faire une énorme gaffe, car ils se sont arrêtés, et gémirent longuement. Mon mari voyant mon visage tuméfié, se mit à rire.

- Ne te moque pas, je dois être complètement défigurée ! Lui dis-je avec une moue douloureuse.

- Je vais certainement devoir faire appel à lamédecine esthétiquemaintenant.

- Mais non, ce sont juste quelques égratignures.

- Et puis le froid va aider la cicatrisation, ajouta le guide. Mais je vais quand même vous nettoyer ça. Demain, il n’y paraîtra plus. Nous sommes à moins d’une heure du camp où nous allons passer la nuit. Un bon potage va nous remettre sur pieds, vous allez voir.

Ce fut le seul incident de l’excursion. Mais que ces souvenirs sont désormais gravés dans ma mémoire !